Visite virtuelle d’atelier de la Grover  Montréal

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Par Cicilia D'Alessandra

La quête d’authenticité est ce que recherche avant tout Claude. Éloigné de l’outil informatique lié à la production 3D, il est revenu à l’essentiel : la peinture.

Dans son atelier au décor minimal, l’artiste met en danger ses toiles en les construisant, les déconstruisant, les recréant sans cesse jusqu’à ce qu’il arrive à la représentation d’une émotion, de ce qui est “le plus pur dans l’expression artistique”. 

La barque, son thème récurrent, exprime le passage mais aussi l’abandon, la solitude, ce sentiment propre à chacun et ce calme contraste avec la vivacité des couleurs de la nature environnante illustrant ainsi le chaos intérieur ressenti par tous.

Claude Le Blanc est diplômé en Arts plastiques du collège du Vieux Montréal. Il a exploité plusieurs médiums et techniques lui permettant de faire avancer ses recherches avant d’opter pour l’huile et la spatule. Cet outil, gratté sur les panneaux de bois permet au matériau d’absorber la peinture offrant ainsi des textures inattendues.

Par Dorota Kozinska

C’est peut-être un truisme de dire qu’un artiste a de l’art dans le sang, mais il est souvent particulièrement approprié. C’est le cas du peintre montréalais Claude Le Blanc, dont la carrière créative a été transmise par son grand-père et son père, tous deux artistes à part entière. Après avoir étudié l’art, avec sa myriade de techniques, et fait le métier de galiériste, Le Blanc s’est installé confortablement dans la vie d’un peintre à plein temps, développant un style aussi colorful et engageant que techniquement accompli. Amoureux de la vue balnéaire qui s’étendait des fenêtres de son atelier lors d’un long séjour sur la côte nord, il a commencé une série d’œuvres qui sont une variation picturale sur un thème, une délicieuse chronique visuelle qui se poursuit jusqu’à nos jours, avec des œuvres récentes qui frappent dans leur expression.

 

La qualité uniforme qui est l’épine dorsale de la production de Le Blanc est évidente dans chaque pièce, et bien que le sujet reste le même, ses dernières œuvres sont fraîches et audacieuses dans leur présence sans encombre. L’audace de l’artiste réside dans le choix d’un sujet simple mais puissant – un bateau – et en fait le point focal de chaque composition. Alors que sur le papier qui sonne comme un mouvement douteux, rendu dans la peinture, il raconte une histoire très différente. 

Le Blanc peint à l’huile et à l’acrylique sur bois ou en planche, incorporant cette 

« toile » pour ainsi dire dans la texture de la peinture, avec sa surface rugueuse et variée. Il mesure et gratte, ajoutant plus de lecture à l’œuvre, et son utilisation de la spatule est magistrale, la peinture caressée en place, cajolé doucement dans des plans de couleur. La palette est vibrante et impénitent dans sa pureté, les teintes dans des combinaisons irrésistibles, le traitement expressionniste de Le Blanc bat son plein à chaque tournant. L’artiste parle souvent de la nécessité de la liberté de créer, mais c’est, une fois de plus, un truisme, car cette condition préalable appartient à tous ceux qui créent. Le fait qu’il l’ait trouvé est évident dans chaque œuvre. 

C’est cette même liberté qui lui a permis de voyager, sa muse frayant des tableaux trempés à la lumière des terres étrangères, des souvenirs chatoyants codés dans la peinture et le geste. Dans l’Eau de Naples, le petit bateau bleu semble suspendu à la lumière, l’un avec sa propre réflexion, ressemblant plus à un origami qui se déroule qu’à un objet réel. La texture de l’eau s’exprime en taches de couleur contre le noir, comme des reflets à la surface d’un lac profond. C’est le plus abstrait de sa dernière série, peut-être un soupçon de choses à venir. Une ambiance tout à fait différente imprègne Fait Chaud Enfin, la scène enveloppée de bleus délicats dans un beau contraste avec le bateau vert lime bobbing sur le rivage. Une bande de crêtes blanches marque l’horizon, et tandis que l’autre œuvre sonnait, vibrant audiblement d’air baigné de soleil, ici, malgré le titre, une ondulation calme et fraîche des vagues est tout ce qui est suggéré. Le Blanc explose vraiment, à la fois avec la couleur et la texture, dans une grande œuvre avec le titre lyrique L’heure rose. Le rose éponyme règne ici, tournant violet et violet, engloutissant toute la composition dans une aura enflammée. L’eau aux toniques roses est teintée de lumière, et dans les taches de fond de lueur orange contre l’obscurité en recul. Cette peinture est un tour de force dans l’expression visuelle.

Que ce bateau ne trouve jamais son amarrage. Pour l’amour de l’art.

Dorota Kozinska est écrivaine, critique d’art et éditrice à Montréal. Ses critiques d’art et ses articles ont été abondamment publiés dans Vie des Arts, Parcours informateur des arts et The Gazette, ainsi que diffusés à l’échelle internationale à la radio de la SRC. Elle est l’auteur de nombreux catalogues d’artistes et une conservatrice indépendante.

Par André Ducharme

 IL EST LA, dans son atelier de la rue Parthenais : grande carcasse, yeux de mer derrière les lunettes, t-shirt piqueté d’éclaboussures de peinture. Claude Le Blanc peint à la spatule et à l’huile des « portraits de barques fictives » — une centaine à ce jour. « Je suis convaincu que je pourrais en peindre jusqu’à ma mort en me renouvelant constamment. » Les collectionneurs n’en doutent pas, qui reconnaissent sa signature sans avoir à la lire au bas de l’oeuvre.

 

Mais pourquoi des barques, et pas des fleurs ou des chats ? « On a tous un souvenir associé à une embarcation. Ti-cul, j’allais chez mon grand-père et m’avançais sur le bord du quai, qui m’était strictement interdit vu mon âge, pour taquiner du pied la barque qui y était attachée. Ça me fascinait de voir qu’une chose de cette taille puisse bouger sous l’impulsion d’un pied d’enfant. » A chacun ses souvenirs et ses résonances, mais il est vrai que le sujet agit sur l’inconscient, si ce n’est l’émotion, du spectateur.

 

« En psychanalyse, souligne Le Blanc, la barque représente le passage. » Un changement d’état, d’étapes. Parlons-en de passage : avant de se consacrer à plein temps à son art, le Montréalais de bientôt 63 ans est passe par quelques paren- thèses. « L’idée d’être artiste m’a toujours habite. Mais par besoin de sécurité, j’ai tenu des magasins de decoration dans les années 1990. »

 

Son grand-père Leopold a exerce pendant plus de 50 ans le metier de monteur-joaillier pour la maison Birks ; son père, Jacques, inscrit à l’École des beaux-arts, a reçu l’enseignement de Borduas et du frère Jerôme, mais a dû abandonner ses etudes par souci d’argent. « J’ai un talent qui s’est génétiquement transfère, mais on ne peut pas dire que mon père m’a particulièrement encourage à devenir artiste. » Claude, lui, la motive son fils à s’engager dans ce qu’il aime : photographe, Jasmin Le Blanc (jasminleblanc.com ) signe ici le portrait de son père.

 

« Je ne peins pas par besoin de m’evader, mais par nécessité d’évacuer la souffrance. » Il « attaque » un tableau plus qu’il le peint. Pourtant, on ressent une grande paix devant ses oeuvres, même les plus tourmentées — des barques renversées par une nature enragée. « C’est le paradoxe : la douleur peut engendrer

la quietude. Mon écriture est violente ou saccadée, mais le sujet reste calme. En regardant mes tableaux, on peut tout savoir de moi : à quel point je peux être intense d’un côte et sereinde l’autre. »

 

Représente la galerie MX, qui l’expose, Le Blanc montre également son travail dans deux galeries en Floride et chez Masters à Calgary. Les demandes commencent à poindre de New York, Chicago, Boston. Et, bien sûr, sa cote monte. Alors, un conseil : c’est le temps d’acheter.

Pour finir, une fantaisie : durant le week-end du Grand Prix du Canada, du 6 au 8 juin, Le Blanc peindra dans la vitrine de la galerie MX. « Ça devrait satisfaire mon côte exhibitionniste. Ne fait-on pas de l’art pour attirer l’attention ? » En tout cas, il a attire la nôtre.


Par André Ducharme pour Plaisir de vivre

Par Jasmine Nadeau

« La liberté pour moi n’était pas un privilège, mais un choix essentiel ! » Cette liberté, Claude Le Blanc se l’est offerte à 40 ans. Le jour où il en a eu assez de sa vie de commerçant, le jour où il a décidé que la peinture serait le centre de sa vie.

Petit-fils d’orfèvre et fils d’un diplômé des beaux-arts, Claude se dirige naturellement vers les arts malgré les protestations de son père. La vie le fait ensuite bifurquer vers le commerce, métier qu’il exerce durant près de 20 ans. Cependant, la création, la recherche d’une paix intérieure et d’un équilibre précieux deviennent inévitables. Il ressent profondément le besoin de peindre. Vingt-trois années se sont écoulées depuis cette décision qui a tracé sa destinée.

Il me parle de la Floride où il sillonne les routes depuis près de cinq mois. Il est parti là-bas tant pour profiter d’une température plus clémente que pour vivre en symbiose avec cette nature grandiose qui l’inspire. Il me raconte avoir traversé les Everglades plus de sept fois, toujours émerveillé par tant de beauté. Il partage sa vie avec Marie-Andrée Couture, artiste elle aussi et complice de sa quête nomade de création. Son atelier de Montréal, situé au Chat des artistes, lui imposait des murs; il a eu envie d’espace.

C’est avec un petit camion atelier – qui lui sert aussi de demeure – que Claude Le Blanc effectue un pèlerinage qui le mène chez les galeristes qui exposent ses oeuvres en Floride. Il s’arrête quelques jours et s’accorde le plaisir de peindre dans les jardins d’une de ces galeries, pour le plus grand bonheur de la clientèle venue le rencontrer. Lorsqu’il est sur la route, il travaille parfois à l’acrylique, qui lui impose des règles particulières, un séchage plus rapide, une empreinte différente. Le plus souvent, il travaille à l’huile sur des panneaux de bois.

De son imaginaire, il fait surgir des images et des couleurs par une approche abstraite au départ. Puis, par couches successives, il construit et déconstruit ses oeuvres avec des spatules et des outils rudimentaires. Ses tableaux courent un danger constant tant qu’ils n’ont pas quitté l’atelier ou le lieu de création.

À tout moment, il peut reprendre son tableau, en gratter le bois, laisser se produire des accidents. Il aime que transparaisse l’évolution, que les teintes finissent par s’incruster dans le support. Cette écriture singulière, ces traces, cette énergie créatrice composent l’essentiel de son oeuvre, de ses recherches, de sa grande quête d’authenticité et de simplicité. L’artiste ne s’arrête que lorsque la magie se pointe au rendez-vous, que lorsque le tableau vit par lui-même et qu’il raconte une histoire qui lui permet d’exister. Les barques sont omniprésentes dans son oeuvre, par symbolisme, pour rappeler le passage d’une rive à l’autre, d’une vie à l’autre. Elles deviennent surtout un prétexte à la peinture et à l’écriture, tout comme l’eau lui permet de jouer avec la réflexion lumineuse.

Sa recherche de lumière, de contrastes et de couleurs, il la décrit comme une quête de vibrations qui allument les êtres, de gammes d’émotions qu’elles réussissent à faire surgir. Une sorte d’excitation résulte de leur agencement judicieux. Ses tableaux évoquent souvent le souvenir d’instants captés en voyage : un marécage au crépuscule, un coucher de soleil sur un lac de Naples que l’on croirait en feu tellement la lumière est intense. Chaque toile témoigne de l’histoire du peintre, de sa vie, de sa liberté choisie.

À Montréal, les oeuvres de Claude Le Blanc sont à découvrir à la Galerie MX, 333 Viger Ouest.

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